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Bulletin trimestriel
n°110 (1er trimestre 2003)

article extrait

Énergie, années 2000

Auteur : Alain Vaillant

« Toute population qui effectue des prélèvements supérieurs à la productivité de l’écosystème auquel elle appartient – c.a.d. consomme non seulement l’intérêt mais le capital – est vouée à l’extinction » (François Ramade, éléments d’écologie : écologie appliquée)

 

1) Développement durable ? :

Actuellement, les sources fossiles d’énergie (charbon, pétrole, …) sont utilisées très largement sans être renouvelées. L’uranium a aussi une fin d’exploitation des gisements. Plus précisément, les échéances d’épuisement des ressources, au rythme de notre consommation actuelle,  sont (d‘après la « Conférence mondiale de l‘énergie »  de 1989) :

 

Le pétrole : 2045 (dans 2 générations)
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L’uranium : 2075 (dans 3 générations)
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Le gaz naturel : 2085
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Le charbon : 2700
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Les énergies renouvelables : 4.500.000.000 ans (espérance de vie du soleil)
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‘extrémité de ce graphique est à 900 km à droite ║║║║║║║║║║║║║║║║║║║║║

 

Le choix est clair :

1.1) c’est la fin des énergies fossiles : pétrole, charbon, gaz naturel
1.2) le nucléaire, dangereux à cours terme (Tchernobyl) à moyen et long terme, entre autre, à cause des déchets doit être abandonné le plus vite possible
1.3) 4,5 milliards d’années, c’est plus que « la vie éternelle » pour une espèce vivante (on aura le temps de muter en douceur pour essayer de s’adapter aux grands changements vraisemblables).

 Les énergies renouvelables sont le seul choix raisonnable pour le long terme

 

2) État actuel de la production-consommation d’énergie en France :

2.1) en 2000, la consommation d’énergie (entreprises, ménages, administrations) en France a été de 216 Mtep soit 3,7 tep par habitant. Depuis 30 ans cette consommation a globalement augmenté de 35 %. Mais en y regardant de plus près, on s’aperçoit que la consommation de l’industrie est stable alors que les consommations correspondant aux secteurs résidentiel et tertiaire ainsi que les transports ont augmenté de 50 % !

2.2) la production de cette énergie en 2000 se répartit en : 
54 % énergies fossiles,
41 % énergie nucléaire,
5 %  énergies renouvelables (surtout hydrauliques) 

Le retournement de tendance ne peut pas se faire du jour au lendemain, mais 
cela fait plus de 20 ans que nous le réclamons en vain.
Il est grand temps de s’y mettre

  

3) Le don du soleil :

Par temps ensoleillé, on reçoit en une heure environ 1KW par mètre carré.  La région Nord-Pas de Calais, bien que moins favorisée que le sud-est de la France,  reçoit par an  1200 KWh/m² au sol. Ce qui, en terme de calories, équivaut à 0,1 tep.

Donc, les 3,7 tep consommées par le français moyen chaque année sont équivalents à l’énergie reçue du soleil sur une surface au sol de 37 m² (maximum)

C’est une surface ridiculement petite : il y a abondance d’énergie solaire.

 Mais, la récupération de cette énergie se fait avec un rendement faible, voire très faible. (ce qui est le cas également du nucléaire : pour produire l’équivalent d’un Kw en électricité, EDF en jette 2 dans l’environnement, puis il y a les pertes durant le transport de l‘électricité, …)

 

 

4) Les énergies renouvelables :

Depuis 20 ans, Nord Nature a fait des propositions chiffrées : voir la bibliographie à la fin de cet article. Les dernières en date, concernant l’énergie éolienne, sont dans un article de M. Vivier dans le bulletin n°98 (consultable  sur le site www.nord-nature.org  : environnement > énergie). Mais 3 points méritent une attention particulière.

4.1) La filière bois

Quand on brûle du bois pour produire de la chaleur, on transforme le carbone du bois en gaz carbonique. Chez les arbres, la synthèse chlorophyllienne, à l’aide du soleil, transforme le gaz carbonique de l’air en bois et en oxygène.

Ce cycle dont la période est de quelques générations d’hommes est stable dans le temps : on peut le reproduire durant des milliers d’années !. Il permet, en plus, de récupérer l’énergie du soleil en n’aggravant pas l’effet de serre : il suffit de planifier les plantations et l’entretien des arbres.

Actuellement, les systèmes automatisés d’alimentation de chaudière au bois (en plaquettes) n’existent que pour les grosses installation.

En attendant que cela existe à petite échelle et, sans changer votre système de chauffage actuel, vous installez un insert dans votre cheminée (rendement 80 % et une dizaine d’heures d’autonomie). Vous planifiez vos achats, stockage et consommation de bois. Ainsi, chaque fois que vous  brûlez du bois pour vous chauffer, vous n’épuisez pas les ressources de la planète (pétrole, gaz, …), vous ne contribuez pas à l’effet de serre (votre gaz carbonique est recyclé dans les arbres « suivants » ) et vous ne produisez pas de déchets radioactifs !

Quand vous changerez votre chaudière, renseignez vous plus avant sur le chauffage au bois.

4.2) Le vrai coût de l’énergie :

Tous les militants qui tiennent un discours sur les énergies renouvelables sont confrontés à la notion de prix de vente de l’électricité nucléaire. Nous avons beau affirmer que ce coût ne prend pas en compte sérieusement la gestion à long terme des déchets, il y a des interlocuteurs sceptiques …

Un élément nouveau apparaît dans le paysage.

Jusqu’à présent, la distribution d’énergie étant un monopole d’état, le prix de vente de l’électricité nucléaire n’était pas lié au marchés ( et en plus, la recherche sur l’atome au CEA ou ailleurs a bénéficié du « secret défense » propre à l’armée à cause de la bombe atomique).  Avec l’Europe, le monopole d’EDF va disparaître et donc, cette privatisation (avec les risques qu’elle comporte au niveau de la sécurité) va sans doute provoquer un réajustement du prix de l’électricité nucléaire dans le cadre de la « loi de l’offre et de la demande ».

Cela a déjà commencé :  « l’état envisage de vendre EDF pour quelques dizaines de milliards d’euros tout en reprenant à sa charge des engagements futurs équivalents, voire supérieurs » (extrait d’un document rédigé et travaillé par des cadres dirigeants d’EDF qui sont scandalisés)

En termes strictement comptables, cela signifie clairement que le prix de vente actuel des produits de « l’entreprise EDF » sont très sous évalués

4.3) Les éoliennes et les oiseaux :

Les détracteurs des éoliennes les accusent de tuer les oiseaux.

C’est vrai qu’il y a une concurrence dans l’occupation de l’espace, et qu’avant d’installer des éoliennes il faut étudier leur incidence sur les vols migratoires, l’altération des habitats, …

Actuellement, cette mortalité est de 1,4 oiseau par éolienne et par an selon une étude belge ( 0,04 selon une étude californienne)

De manière générale, la mortalité de l’avifaune par kilomètres d’éoliennes (regroupées) est inférieure, par kilomètre,  à celle due au trafic autoroutier ainsi qu’à celle due aux lignes électriques placées dans des zones sensibles

Le nucléaire a tué des hommes et il en tuera encore.

Il faut choisir

 

5) Le nucléaire et l’effet de serre

Les partisans du nucléaire affirment que cette méthode de production d’électricité ne contribue pas à l’effet de serre puisque qu’il n’y a pas de dégagement de dioxyde de carbone.

A première vue, c’est vrai.

Mais en y regardant de plus près, la satisfaction du besoin en énergie à partir de la désintégration atomique, c’est complètement différent. En effet, un réacteur nucléaire a, pour des raisons de sécurité, une grande inertie dans le fonctionnement, autrement dit, on ne l’arrête pas toutes les semaines, ni même tous les mois. Or, la demande d’électricité est très fluctuante (du simple au double) à l’intérieur d’une journée, d’une semaine ou d‘une année. Pour satisfaire les demandes de consommation de pointe, EDF est obligé d’utiliser des moyens de production d’électricité très souples : l’hydraulique ne suffisant pas (et de loin !), il est fait recours à des centrales thermiques brûlant des combustibles fossiles.

A titre de comparaison, la capacité de production nucléaire, en France, est de 63 GW et la capacité de production (utilisée par EDF)  émettant du gaz carbonique est de 27 GW.

Et donc, le nucléaire contribue aussi, et fortement, à l’effet de serre par la production de gaz carbonique

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.Une éolienne,  c’est beau.

Une éolienne,  comme une montgolfière, ça habite dans le ciel.
Une éolienne, dans le vent, ça ronronne comme un chat.
Une éolienne,  dans la tempête, ça hurle comme un arbre.
Une éolienne,  au bout de ses pales, ça essaye de siffler comme un oiseau.
Une éolienne,  comme un arbre, ça montre le vent.
Une éolienne,  vue par la fenêtre, ça attrape le vent pour nous éclairer.
Une éolienne, explosée , c’est un tas de ferraille tranquille 
Une éolienne, dans la durée,  c’est toujours radio inactif.
Une éolienne,  ça donne raison aux enfants qui font tourner leur 
moulin multicolore dans le vent.

.Une éolienne,  c’est beau.

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Branchements intéressants

1) dans votre collection des bulletins de Nord Nature :

1.1) bulletin Spécial Nucléaire. Auteur S. Deblock. Lille 1976.

1.2) bulletin Spécial Énergie. Auteur J. Istas.  Lille 1980

1.3) Le nucléaire ou le vent, les pylônes ou les éoliennes, la pollution ou l'air pur, il faut choisir ! Auteur : E. Vivier extrait du bulletin n°98, pages 10à15, Lille 2000. Internet : www.nord-nature.org

2) dans des ouvrages généraux :

2.1) L’environnement en France. Auteur : Institut Français de l’Environnement (IFEN). Éditeur : IFEN et La Découverte . Paris 2002. Internet : www.ifen.fr

2.2) Observatoire gouvernemental de l’énergie. Internet :
www.industrie.gouv.fr/energie/statisti/se_stats.htm

2.3) Éléments d’écologie : écologie appliquée. Auteur : François Ramade. Editeur : Ediscience. Paris 1995 (5ème édition)

2.4) Facteur 4 : 2 fois plus de bien être en consommant 2 fois moins de ressources (un rapport au Club de Rome). Auteurs : Ernst U. von Weizsäcker, Amory B. Lovins, L. Hunter Lovins. Editeur : terre vivante. Mens 2002

2.5) Nucléaire ? Non merci ! : dossier coordonné par Henry Chevallier. Edition Utovie et Silence. Bats 1993

 

3) pour la mise en œuvre au quotidien :

3.1) Les guides pratiques de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME). 27 rue Louis Vicat, 75015 Paris. En région : 03.27.95.89.70 . Internet : www.ademe.fr

3.2) Poêles, inserts et autres chauffages au bois. Auteur : Claude Aubert. Éditeur : terre vivante. Mens 1999. Internet : www.terrevivante.org et http://ageden.citeweb.net

3.3) La maison des [néga]watts : le guide de l’énergie chez soi. Auteurs : Thierry Salomon et Stéphane Bedel. Éditeur : terre vivante. Mens 1999. Internet : www.terrevivante.org

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Lexique

tep = « tonne d’équivalent pétrole » : c’est la quantité de chaleur qu’il est possible de recueillir par la combustion parfaite d’une tonne de pétrole brut

Mtep : million de tonnes d’équivalent pétrole

Gw = gigawatt : milliard de watt


Fédération Nord Nature, 23 rue Gosselet, 59000 LILLE - Tel 03.20.88.49.33 -  Fax 03.20.97.73.81 - mail : secretariat@nord-nature.org