nn1.gif (2843 octets)

Bulletin trimestriel
n°131 (année 2008)

article extrait

La gestion différenciée des espaces verts,
vers un mode de gestion écologique et
responsable

 

Quel point concerne à la fois certains sites industriels, les réserves naturelles, les parcs urbains et les jardins privés ? Ce sont tous des espaces verts. Nous imaginons bien que leur fonction est très différente dans ces multiples contextes. Pourtant l’homme intervient pour aménager et entretenir ces espaces. Cette intervention peut être envisagée de manière globale et raisonnée. En matière de gestion des espaces verts, pour répondre à la variété des contextes et des objectifs poursuivis, il se développe depuis quelques années un mode de gestion très adapté : la gestion différenciée appelée également raisonnée, raisonnable, harmonique…

La gestion différenciée d’un site induit la mise en place d’un ensemble de modes de gestion adaptés à chaque espace ou micro-espace. Il s’agit de définir le rôle souhaité pour les différents éléments naturels (pool de nature pour la biodiversité, paysager pour l’intégration dans le voisinage, horticole pour le côté esthétique, tel usage pour la population…), et de mettre en place les techniques les plus appropriées par rapport aux moyens et contraintes du gestionnaire, ces différents espaces se côtoyant au sein d’un même site *our augmenter son intérêt.

Un projet réussi de gestion différenciée comprend des conditions indispensables. Il faut d’abord une bonne connaissance des milieux et de leur potentialité ainsi qu’une formation adéquate des gestionnaires et agents techniques. Voilà pour la partie technique. D’autre part le projet nécessite d’être investi par la population locale et également par les élus.

Les principes de la gestion différenciée des espaces verts tendent à promouvoir le retour des pratiques plus adaptées et respectueuses des espaces de nature, et à permettre l’évolution spontanée des milieux (vocation humide, prairiale, forestière…). L’harmonie, la diversité et l’équilibre écologique sont privilégiés par rapport à l’aspect de jardin bien ordonné mais pauvre en espèces et artificiel. Elle bannit autant que possible l’utilisation de produits chimiques, pesticides ou engrais, au profit d’un entretien doux et écologique.

La gestion différenciée favorise généralement les milieux pauvres en nutriments, les plus intéressants écologiquement. Ce sont également des milieux peu contraignants et parfois moins coûteux à l’entretien.

Le résultat visé est une mosaïque de milieux plus riches en espèces animales et végétales locales, plus équilibrés en biodiversité, plus résistants face aux agressions extérieures, plus colorés, plus vivants, ne demandant au final qu’une gestion légère et raisonnable

Nord Nature Environnement, comme d’autres associations impliquées dans la gestion des milieux naturels, est de plus en plus appelée pour encadrer des projets ou conseiller des aménageurs d’espaces verts dans une volonté plus écologique. Pour illustrer les principes de la gestion différenciée, je vais développer deux cas pour lesquels nous sommes fréquemment sollicités, le développement d’une prairie fleurie et la création/restauration d’une mare.

Une prairie fleurie pour les papillons
Pour les espaces ouverts, l’enjeu est de proposer une variante aux pelouses, pratiques pour les jeux de balle et les pique-niques, mais finalement uniformes et limitées. Au contraire les prairies naturelles sont un bienfait pour les sens, par
leurs couleurs et leurs odeurs, et de vrais réservoirs de biodiversité. Seulement il faut vouloir laisser la végétation monter en fleurs et en graines, et laisser les petites bêtes tranquilles. Trop de monde ignore encore que si on ne tond pas
l’herbe des pelouses elle donne des fleurs. Une prairie naturelle a besoin de calme pour que la végétation fleurisse et produise des fruits qui vont nourrir la faune et enrichir la banque de graines du sol. Mais il faut veiller à faucher et
exporter l’herbe chaque année pour éviter l’em-broussaillement du lieu. La relative richesse en nutriments des sites, observée fréquemment, pose un problème car des plantes opportunistes comme les orties ou les ronces ont tendance à prendre le dessus sur les autres. Il va souvent s’agir dans un premier temps d’appauvrir le milieu en matières organiques.

Concrètement pour la gestion, nous recommandons généralement deux fauches annuelles, avec export des produits de fauche, pendant les deux
premières années. Le milieu est ainsi appauvri en nutriments. Par la suite l’entretien consistera en une ou deux fauches annuelles, toujours avec export
des produits de fauche. L’action la plus naturelle et la moins impactante pour la faune et la flore est la fauche tardive et fractionnée. Les premières fauches sont réalisées entre début mars et fin mai. Les suivantes ne doivent pas être mises en oeuvre avant le 15 juillet. Ainsi en période printanière les plantes et insectes peuvent réaliser leur reproduction. La fauche est effectuée idéalement avec une hauteur de coupe comprise entre 8 et 15 cm et en deux fois :
une première moitié du site une semaine puis l’autre moitié la semaine suivante. L’herbe coupée est laissée deux ou trois jours sur place avant d’être ramassée et enlevée du site pour ne pas enrichir le sol comme engrais. Ces mesures simples sont destinées à permettre à un maximum d’animaux de survivre à la fauche. Précisons que ce sont des principes généraux qu’il faut adapter
au contexte local.

En ville la gestion différenciée se met en œuvre en marge des espaces régulièrement tondus pour dégager de l’espace et permettre des activités récréatives. On leur associe des zones de prairies fournies et fleuries, en bordure des allées ou sous les arbres par exemple, à vocation esthétique et écologique. La mosaïque de milieux ainsi obtenue est autrement plus riche et appréciée qu’un grand espace uniforme.

Une mare naturelle pour récupérer l’eau
En milieu rural, l’écoulement de l’eau peut être envisagé par la création de noues qui récupèrent les excédents (pluies, habitations). C’est l’occa sion d’aménager un véritable écosystème naturel, la mare. Les mares sont des atouts indéniables pour un site. Source de biodiversité, support
pédagogique, éponge naturelle et élément esthétique, la mare remplit de nombreux rôles. Précisons qu’un groupe de mares constitue un ensemble
bien plus riche et résistant aux perturbations qu’une mare isolée. Suivant les cas on peut restaurer une mare existante ou en créer une nouvelle. La période idéa le de travaux est comprise entre septembre et janvier. La mare idéale possède une dimension de 10 à 20 mètres carrés , peu importe sa forme qui peut être sinueuse, et une profondeur d’un mètre environ. Les pentes doivent être douces pour permettre aux amphibiens de la coloniser. Enfin les abords immédiats doivent être dépourvus d’arbres si possible pour éviter l’ombre et l’envasement par les feuilles mortes. La colonisation d’une mare par les plantes et animaux est un phénomène naturel qui démarre dès le premier printemps. Il ne faut pas chercher à y introduire des êtres vivants. Cela peut être selon les cas interdit par la loi et en tous cas dommageable à l’équilibre écologique. La gestion d’une mare consiste ensuite à faucher et exporter les plantes aquatiques des abords (roseaux) une fois l’année à la fin de la belle saison (à partir de septembre), afin d’éviter l’envasement progressif. Une mare
ainsi constituée n’aura besoin d’être curée qu’une fois tous les 25 ans environ.

Ces deux exemples doivent nous rassurer. La gestion différenciée est une autre manière d’aménager les espaces verts, plus douce et plus écologique. Son intérêt réside bien là. Ne pas systématiser l’emploi des herbicides, la tonte hebdomadaire des pelouses, la taille drastique des arbres, en un mot éviter l’uniformisation du paysage.

L’association Nord Nature Chico Mendes, fédérée à Nord Nature Environnement, anime la mission gestion différenciée qui a comme objectif de développer la gestion différenciée dans la région Nord Pas- de-Calais
http://www.gestiondifferenciee.org

Fédération Nord Nature, 23 rue Gosselet, 59000 LILLE - Tel 03.20.88.49.33 -  Fax 03.20.97.73.81 - mail : secretariat@nord-nature.org