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La lutte biologique au jardin

 

Cette fiche pratique est inspirée de la brochure "Comment jardiner "Naturel"?". Auteur : Emile Vivier accueil


Dans un jardin, écologiquement conduit, la très grande majorité des ravageurs des cultures trouve des ennemis naturels que l'on peut distinguer en 3 groupes :
. Les petits prédateurs des petits animaux nuisibles (mollusques, insectes et leurs larves), non spécifiques.
- Les prédateurs spécifiques, en particulier pour les pucerons.
. Les grands prédateurs vertébrés.
Il s'agit donc là d'auxiliaires du jardinier qu'il faut favoriser. Pour cela il faut les connaître et connaître leur mode de vie.

La lutte biologique

La lutte biologique, c'est l'utilisation par l'homme d'une espèce vivante pour en détruire une autre qui provoque des dégâts sur des ressources cultivées ou élevées par lui.
Cette lutte biologique a été utilisée pour la première fois par un américain, C. V. Riley, pour lutter contre des cochenilles qui ravageaient les vergers d'agrumes de Californie. Ces cochenilles ayant été introduites en 1868 accidentellement d'Australie, Riley eut l'idée d'aller chercher en Australie, un animal prédateur du parasite qui, là-bas, empêchait sa pullulation c'est une coccinelle qui fut rapportée puis multipliée en élevage et distribuée aux agriculteurs. En 2 ans les effectifs des cochenilles parasites furent réduits en dessous du seuil de nocivité.
Des élevages de coccinelles sont aujourd'hui entrepris en divers endroits en France pour lutter contre les pucerons, mais leur nombre est notoirement insuffisant pour faire face à la demande potentielle.

 

1 - Les ennemis des petits ravageurs
Il y a des arthropodes qui sont de précieux auxiliaires. Parmi ceux-ci des insectes : les carabes et certaines guêpes parasites ainsi que les araignées.

. Les carabes, ainsi que leurs larves, sont de remarquables prédateurs et se nourrissent de proies diverses : insectes et larves, chenilles, limaces... Ce sont des insectes de couleur sombre, souvent avec des tons bronze, verts et dorés, qui courent sur le sol. Ils mesurent de 1 (cicindèle) à 4 cm (carabe chagriné) ; le carabe des jardins, le plus courant, mesure environ 2,5 cm. Ils sont malheureusement devenus très rares par suite de l'usage abusif des pesticides ; ils sont surtout actifs la nuit et se cachent le jour sous des abris divers. Il faut donc protéger les endroits qui leur servent de refuges (coins humides et ombrages) ; ils hivernent dans des endroits très abrités (cabanons, amas de pierrailles ou de branchages,...).


Carabe doré

. Les guêpes parasites sont des auxiliaires précieuses par le fait qu'elles pondent leurs oeufs dans le corps même des espèces nuisibles où leurs larves se développent ensuite en détruisant l'hôte. Il en existe plusieurs espèces, toutes de petite taille (de l'ordre du mm), chacune étant parasite d'un hôte précis : pucerons, chenilles... La guêpe parasite hiverne sous forme de larve à l'intérieur même de la dépouille de son hôte ; la métamorphose s'effectue au printemps en même temps qu'apparaissent les insectes qui vont être parasités par les nouvelles larves de la guêpe, laquelle n'a qu'une vie très éphémère; plusieurs générations de guêpes peuvent se succéder à la belle saison car le cycle est court. Pour protéger les guêpes parasites, il faut donc protéger, pendant l'hiver, les bois et les fanes de plantes où l'on aura repéré l'activité des guêpes (un bon observateur y parvient facilement) en les stockant dans un endroit abrité des fortes intempéries.

Chenille parasitée par des larves de guêpes (asticots sortant du corps de l'hôte)

Il existe une limace carnivore, la testacelle, peu connue et peu répandue car elle est souvent confondue avec les espèces voisines. Elle se reconnaît à sa couleur blanchâtre et surtout à la présence d'une minuscule coquille plate en arrière sur son dos. Ces limaces d'une taille de 3 à 5 cm,
consomment des escargots, d'autres limaces et des insectes et sont, par là, très utiles. Cette espèce est malheureusement devenue très rare, tuée par l'ignorance des hommes.

. Les araignées, qui sont souvent mal-aimées, sont en réalité, toutes carnassières et donc utiles en détruisant de très nombreux insectes. Celles qui construisent des toiles capturent les insectes volants (mouches, moustiques, papillons...), mais d'autres espèces, terrestres, capturent les insectes à l'affût dans un terrier ou même à la course pour certaines. Les espèces d'araignées sont nombreuses mais, comme toutes sont utiles, il est indispensable de ne pas les détruire dans les jardins.

2 - Les prédateurs spécifiques
Il s'agit là essentiellement des destructeurs de pucerons. Comme les pucerons constituent l'ennemi le plus courant du jardinier, il est indispensable de bien connaître quels en sont les prédateurs naturels qui sont essentiellement les coccinelles, les larves de syrphes et de chrysopes.
Le plus connu est sans conteste, la coccinelle et surtout sa larve. Il en existe plusieurs espèces mais les deux plus fréquentes dans les jardins sont la coccinelle à 7 points et la coccinelle à 2 points (élytres orangés avec 7 ou 2 points noirs) ; une autre espèce se rencontre également qui possède des élytres noirs avec 4 taches rouges. Toutes se nourrissent de pucerons ainsi que leurs larves. Elles pondent de petits œufs allongés jaunâtres par groupes de 10 à 20 à la face inférieure des feuilles où des pucerons sont présents. Dès leur éclosion les larves, qui se déplacent grâce à leurs 3 paires de pattes, dévorent les pucerons tout autour d'elles ; il est passionnant de les observer et de voir avec quelle rapidité elles font place nette en quelques jours.
A la fin de leur croissance, les larves se nymphosent en se fixant sur les parties des plantes bien exposées à la lumière. L'adulte qui en sort se nourrit aussi de pucerons mais avec moins d'avidité ; après accouplement, les femelles vont pondre au milieu d'une autre colonie de pucerons.

Les coccinelles sont des destructeurs très efficaces. Le problème est comment en avoir au moment voulu en quantité suffisante, compte- tenu que les pucerons qui sont, à la belle saison, parthénogénétiques, se multiplient à une très grande vitesse par des générations successives de femelles. Il faut donc non seulement protéger les coccinelles mais favoriser leur présence.


Le cycle de la coccinelle

>> un exemple de fusain sauvé naturellement par des coccinelles (Psyllobora 22-punctata)

Elevage des coccinelles ou" bêtes à bon dieu"

Le premier élevage de coccinelles en France a été effectué vers 1985 par la municipalité de Caen en collaboration avec l'association régionale de défense de la nature, le C.R.E.P.A.N.
Dès cette première année, l'insectarium a produit 20 000 insectes qu'il a fournis aux services d'espaces verts et jardiniers amateurs locaux. En 1993, c'est 220 000 oeufs, 40 000 larves et 20 000 adultes qui ont été distribués.
D'autres villes et organismes se lancent depuis lors dans cet élevage.
La technique ?
Pour élever des coccinelles, il faut d'abord élever des pucerons qui leur servent de nourriture, donc avoir des plantes sur lesquelles les pucerons peuvent proliférer. C'est un très gros travail et très délicat, de l'avis des techniciens qui en ont fait l'expérience.
Mais le mieux n'est-il pas d'avoir, à proximité du jardin, une haie où se 9 trouvent des plantes aimées des pucerons (sureaux, chèvrefeuilles, orties...) 9 qui entretiendront ainsi une population de coccinelles dans un cycle continu.
Les coccinelles hivernent dans des amas d'herbes sèches (en particulier au pied des haies) qu'il faut donc éviter de nettoyer.
Les diverses espèces de coccinelles ne sont pas toutes actives à la même saison ni au même niveau de végétation. Donc pour une bonne efficacité des coccinelles, il faut une biodiversité ; c'est pourquoi la nature est sans doute une meilleure garantie que l'insectarium.

Les protéger c'est d'abord ne pas utiliser d'insecticides même s'il y a une apparition importante de pucerons car quelques coccinelles sont peut-être déjà là et en traitant contre les pucerons, on détruirait immanquablement leurs ennemis. C'est aussi permettre aux coccinelles d'hiverner correctement ; elles passent la mauvaise saison abritées sous des amas de feuilles, de brindilles, dans la litière des haies : il est donc nécessaire d'avoir des espaces non cultivés à proximité.
Il arrive aussi que l'on constate des concentrations de coccinelles en certains lieux (ex. : littoral) quand des zones sauvages existent à proximité (où pucerons et coccinelles se multiplient) et quand des conditions météorologiques (vents par exemple) entraînent les coccinelles qui se posent et s'accrochent aux derniers obstacles. Il est alors possible de ramasser quelques centaines de coccinelles en très peu de temps ; il ne reste qu'à les ramener et les libérer dans son jardin.

. Les syrphes sont des mouches (donc n'ont que deux ailes) dont le corps montre quelques ressemblances avec celui des guêpes (qui, elles, ont 4 ailes) avec des anneaux jaunes et noirs.


Syrphe adulte

Ces syrphes sont parfaitement inoffensives, et on les voit souvent voler autour des fleurs car elles se nourrissent de pollen et de nectar. Ce sont les larves qui sont utiles, ce sont elles qui se nourrissent de pucerons. En effet, des œufs pondus généralement par la mouche isolément au milieu des colonies de pucerons, naissent des larves qui sont des sortes d'asticots qui se déplacent lentement à la surface des feuilles en absorbant les pucerons dont on aperçoit les restes au travers de leur corps semi-transparent.

 


Larve de Syrphe au milieu des pucerons

Comme les coccinelles, la protection des syrphes commence par la non-utilisation d'insecticides; ensuite il est bon de préserver, à proximité, des plantes comme les ombellifères (même des ombellifères cultivées comme le persil, le cerfeuil...) dont les fleurs attirent les syrphes. Enfin, là aussi il faut préserver les lieux d'hivernage ; selon les espèces ce sont des larves ou des femelles qui hivernent dans des feuilles sèches ou des plantes fanées.

. Les chrysopes (Névroptères) sont des petits insectes au corps frêle, surmonté de grandes ailes verdâtres en toit, à l'avant duquel dépasse une petite tête portant 2 gros yeux dorés et 2 longues antennes. Ces insectes se ren-contrent souvent pendant la mauvaise saison dans les maisons et dans les endroits protégés (abris de jardin, granges...).


Chrysope adulte

L'adulte, bien que partiellement carnivore, n'est pas destructeur de pucerons : c'est la larve. Les oeufs pondus souvent à la face inférieure des feuilles, sont aisément reconnaissables car ils sont suspendus, isolément ou groupés, par de petits pédoncules de 1 cm de long. La larve, qui ressemble un peu à celle de la coccinelle et se déplace à l'aide de ses 3 paires de pattes, dévore activement les pucerons autour d'elle grâce à de puissantes mandibules.


Larve de chrysope

Une seule femelle de chrysope pond 10 à 20 oeufs jours pendant FI plusieurs semaines et donne ainsi naissance durant sa vie à plusieurs centaines de larves qui vivent 10 à 20 jours. Deux à trois générations de chrysopes se succèdent pendant la belle saison.
partir de la première génération, plusieurs dizaines de millions pour la chrysopes se succèdent pendant la belle saison.
Ainsi, c 'est un à deux milliers de pucerons qui seront détruits à partie de la première génération, plusieurs dizaines de millions pour la deuxième, quelques milliards pour la troisième... mais il faut penser que les oiseaux, divers accidents et peut être la pénurie de pucerons à consommer, auront élimé au cours des mois un certain nombre de nos précieuses chrysopes. La réalité suit les lois de la nature et maintien les équilibres.

Comme pour les précédents, la protection des chrysopes relève des mêmes facteurs : non-utilisation d'insecticides, protection des adultes en hivernage... et surtout, si vous en apercevez au bord de vos fenêtres, laissez-les vivants et libres.
Le seul problème pour ces insectes utiles, c'est de les avoir à temps au printemps lors de l'apparition des premières colonies de pucerons. Là, c'est tout l'intérêt d'un environnement écologique qui garantisse l'hivernage et permette aux ennemis des pucerons d'être en nombre suffisant sur place en temps utile.

TABLEAU

N.B : Certains pourraient penser qu'un traitement insecticide en tuerait plus d'un coup. Mais ce serait oublier plusieurs choses :
1) que nos auxiliaires sont là tous les jours en permanence, alors que le traitement n'aura plus d'effet quelques jours plus tard
2) que les parasites développent une résistance aux pesticides et que quelques individus échappent toujours à un traitement et seront très vite à l'origine de nouvelles colonies.

 

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