nn1.gif (2843 octets) Métaleurop 1/5

les divers articles :
métaleurop1/5 : article de E. Vivier paru en 1987
métaleurop2/5 : dépollution du sol par les plantes : l'erreur
métaleurop3/5 : tous les chiffres sur métaleurop
métaleurop4/5 : le scandale éclate enfin
métaleurop5/5 : communiqué de presse du 31 janvier 2003

 Article de E. Vivier publié dans le bulletin N°88 en 1997 :

Le scandale caché du plomb :
des dizaines d'enfants contaminés autour de l'usine Métaleurop

+ La plus grande usine de plomb d'Europe (Métaleurop ex-Penarroya) à Noyelles Godault...

+ L'une des plus grosses industries du Nord/Pas-de-Calais...

+ Des centaines d'emplois...

+ Une manne pour les collectivités locales qui encaissent la taxe professionnelle...

Oui... Mais ?

+ Des sols contaminés

• Des familles en danger

• Des enfants condamnés

Oui... et les autorités qui laissent faire, les élus locaux qui ne veulent pas savoir, des habitants qui s'intoxiquent dans l'ignorance et l'indifférence générales, et des industriels, des cadres, des syndicats (car depuis le temps, ils doivent savoir), qui, tous, pensent plus à leur situation d'aujourd'hui qu'à la santé des enfants qu'ils mettent au monde ou qui les entourent.

 

Plus de 13% des enfants gravement contaminés, au voisinage de l'usine.

La D.D.A.S.S. (Direction Départementale de l'Action Sanitaire et Sociale) a effectué une étude (en collaboration avec l'institut de Médecine du Travail et de l'Observatoire de la Santé) sur des enfants, de 6 mois à 6 ans, vivant dans les trois communes qui entourent l'usine : Noyelles-Godault, Evin-Malmaison et Courcelles-lez-Lens.

621 enfants ont fait l'objet de tests sanguins en vue de déterminer les taux de plombémie :

+ 10,5% présentaient un taux de plomb dans le sang se situant entre 100 et 150 gg/l (microgrammes par litre),

+ un peu plus de 2%, un taux se situant entre 150 et 250 gg/l,

+ 0,5% un taux dépassant 250 gg/ 1 (entre 250 et 500 gg/1).

Que représentent de telles quantités pour la santé ?

D'après les organisations sanitaires, un taux de 100 à 150 gg/ 1 de plomb dans le sang nécessite un suivi médical sérieux et au-delà de 150 gg/l, qui est le seuil critique, vient le danger de troubles du développement neuro-comportemental irréversibles.

Donc 2,5% des jeunes enfants du secteur, autour de l'usine, sont déjà menacés de troubles immédiats et 10,5% menacés à court terme.

La situation est intolérable.

 

Très grave problème de santé publique.

Pour apprécier la gravité de cet état de choses, il faut savoir : + que les normes considérées

comme limite à ne pas dépasser sont de 30 microgrammes par litre de sang et qu'une directive européenne a même fixé à 20 gg/l le niveau moyen en dehors des lieux de travail,

+ que le taux moyen des habitants des grandes villes polluées par les gaz d'échappement des voitures dépasse rarement les 10 gg/l de sang, et que, dans des zones "naturelles" éloignées des villes et voies routières, ce taux se situe au-dessous de 1 gg/l,

+ que les dangers pour l'Homme se situent au niveau du système nerveux essentiellement : la maladie est le saturnisme.

Les symptômes ont été abondamment décrits mais ils ne sont pas toujours très nets et ils rendent le diagnostic difficile : maux de tête, coliques, constipation, vomissements, anémie puis polynévrite, perte de mémoire, encéphalopathie... avec chez les enfants, diminution du quotient intellectuel et une débilité qui, associée aux autres troubles, peut conduire au coma et à la mort.

 

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Ph R. Trouvilliez

Cet empoisonnement, car c'en est un, est une véritable condamnation à mort à petit feu.

Alors ?

Les empoisonneurs ne seraient-ils pas l'usine Métaleurop ainsi que les municipalités concernées (Noyelles Godault, Evin Malmaison et Courcelles lez Lens) qui, toutes, ferment les yeux !

 

Car le problème n'est pas nouveau.

Il a été évoqué et dénoncé par Nord-Nature depuis longtemps. + bull. Nord-Nature, 1982, fasc. 26 : Problèmes de pollution dans le Nordl Pas-de-Calais,

+ bull. Nord-Nature, 1983, fasc. 31 La pollution de l'environnement Toxicité par le plomb,

+ bull. Nord-Nature, 1984, fasc. 35

 

Pollution par le plomb - Qu'en saiton aujourd'hui ?

+ bull. spécial Nord-Nature, 1989

 

L'enfer du Nord (aperçu global des pollutions du Nord/Pas-de- Calais), + bull. Nord-Nature, 1993, fasc. 72 Métaieurop : le point de vue de Nord-Nature,

+ bull. Nord-Nature, 1993, fasc. 72

 

Environnement - pollutions ; un jugement qui fera jurisprudence.

Ces deux derniers articles rappellent d'ailleurs comment un agriculteur, M. Debreyne, habitant d'Auby, commune voisine de celles déjà citées, a obtenu gain de cause devant la justice pénale pour la pollution subie par son exploitation et sa propre famille.

Mais le problème est aussi bien connu des Administrations

Préfecture et D.R.I.R.E. qui tentent, depuis quelques années, de le résoudre par la douceur et la mise au point de règlements selon les mesures légales applicables :

+ circulaire du Ministre de l'Environnement de 1985 qui préconise la mise en place d'un P.I.G. (Projet d'Intérêt Général) pour prendre les mesures de protection qui s'impo

sent, + loi SEVESO de 1987 qui impose la prise en compte de l'existence des risques majeurs dans les Plans d'Occupation des Sols.

 

Les municipalités font la sourde oreille.

+ 45 km2 sont touchés,

+ 60.000 personnes sont concernées sur 3 communes.

La cartographie des zones polluées a été effectuée dès 1982 (voir notre no spécial, cité plus haut, édité en 1989).

Dès 1985, sous l'impulsion du Ministère de l'Environnement, des mesures sont envisagées à la suite des analyses précises de sol effectuées par l'I.N.R.A. (carte d'isopollution). Ces mesures comprenaient : *.élaboration d'un P.I.G. (Projet d'Intérêt Général) pour interdire les constructions (habitations et établissements publics) dans la zone dont le soi contenait plus de 1000 ppm (parties par millions, c'est à dire, par exemple, lg par kilo) de plomb.

*application de l'article R. 111-2/3 du code de l'urbanisme pour les terrains contenant 500 à 1000 ppm : nécessité d'un assainissement préalable du sol'.

Il faut rappeler qu'il n'existe pas de possibilités de dépollution pour les métaux, qui', quoi qu'on fasse, resteront métaux. On ne peut que déplacer la pollution, c'est à dire enlever le sol d'un endroit pour le mettre ailleurs. Seule la nature, avec le temps, beaucoup de temps, peut disperser la pollution et la rendre inoffensive (voir à ce sujet l'article "Pollution par les métaux lourds et dépollution", Bull. Nord-Nature, 1994, n° 77, p. 4-6)

L'Etat a fait, semble-t-il, le nécessaire auprès des collectivités locales en 1989 mais il n'y a pas eu d'information du public et pas de réponse de ces collectivités.

Donc, blocage de la procédure.

Les maires continuent de délivrer des permis de construire sur des zones à risques.

Avec inconscience... une inconscience criminelle.

 

 

Plus de 80 enfants déjà condamnés.

Sans doute, la recherche du plomb dans le sang n'est pas révélatrice de la véritable imprégnation d'un individu par le métal toxique, le plomb a tendance à se stocker sur les os. Mais, justement, une étude antérieure, sur la fin des années 80, avait été effectuée sur les dents de lait d'une bonne centaine d'enfants de 6 ans : les teneurs en plomb y étaient 2 fois plus importantes que sur les dents d'enfants d'une autre région du pays minier.

Les preuves sont donc là.

N'y a-t-il pas alors : empoisonnement pouvant entraîner la mort sans Intention de la donner ?

L'industriel...

Les maires...

Ne devraient-ils pas être traduits en justice ?

On condamne des bourreaux d'enfants, on condamne des pédophiles...

On ferme les yeux sur ceux qui laissent proliférer et grandir des enfants en zone contaminée... en toute connaissance de cause...

Car nous sommes en 1997, les informations officielles, reconnues valables par les Pouvoirs publics, datent de 1985.

 

12 ans qu'on condamne des gosses à mourir à petit feu... en sachant ce qui les attend.

N'est-ce pas un crime ?

Et maintenant ?

Un nouveau P.I.G. serait en préparation, qui prévoirait :

+ d'interdire les constructions nouvelles à usage d'habitation dans les périmètres délimités par le premier projet de 1989,

+ d'y interdire les activités agricoles et d'élevage (car les habitants continuent de manger les produits locaux),

9 d'interdire aussi le transport des matériaux de démolition et/ou d'affouillement provenant de la zone contaminée.

Oui !

Mais que fera-t-on des habitants déjà installés ?

Qu'en est-il des "plus de 6 ans" ?

Que fera-t-on des enfants plombés ?

 

Métaleurop

(voir aussi notre numéro spécial Pollution, 1989, p. 25-26)

L'usine avait démarré en 1884 mais avait été détruite pendant la guerre 14-18.

C'est la Société Pennaroya qui la relance en 1920, et elle devient vite l'un des plus gros producteurs du monde pour le plomb et le zinc. La société finit par tout posséder, depuis les mines situées dans divers pays du monde jusqu'aux transporteurs : elle produit le minerai, le transporte, le traite.

Actuellement, elle emploie quelque 800 à 900 personnes, son chiffre d'affaires est proche de 2 milliards de francs et elle a produit (chiffres 1995, rapport D.R.I.R.E., 1996) :

+ plus de 150.000 tonnes de plomb, *environ 100.000 tonnes de zinc,

+ en plus du cadmium et de l'argent (car présents dans le minerai),

9 en traitant ses fumées qui contiennent des quantités de gaz sulfureux, elle produit aussi environ 150.000 tonnes d'acide sulfurique,

+ par épuration du minerai, elle produit aussi de l'arsenic et de l'antimoine.

Mais l'usine, aujourd'hui et malgré la mise en place de systèmes d'épuration des eaux et des rejets gazeux, pollue toujours. L'usine rejette (chiffres 1995, rapport D.R.I.R.E., 1996) :

• dans l'air :

- environ 100.000 tonnes de SO, (gaz sulfureux) par an,

* environ 150 tonnes de NOx (oxydes d'azote) par an,

* environ 110 tonnes de poussières par an qui comprennent

- environ 27 tonnes de plomb, - environ 34,5 tonnes de zinc, - environ 0,8 tonne de cadmium,

+ et dans l'eau (canal de la Deûle) : -environ 10 kg de plomb par jour, - environ 18 kg de zinc par jour, - environ 3 kg de cadmium par jour.

Certes, toutes ces pollutions sont importantes, mais elles ont bien diminué au cours des dernières années (d'environ 95 à 98%) ; il reste surtout une gigantesque pollution historique des sols due à 70 ans de fonctionnement sans aucun respect dé l'environnement.

Et il y a toujours un énorme crassier qui s'élève entre l'usine et la rocade minière autoroutière, crassier qui enfle toujous et fournit des poussières au vent.

Si vous passez sur la rocade en voiture, ayez une pensée pour les enfants perdus et les populations qui doivent vivre ici toute l'année.

P.S. : il n'est question là que du plomb. Mais il faut savoir que le zinc et le cadmium sont, aussi, toxiques et que l'addition de ceux-ci peut produire des effets de synergie qu'on connaît mal.

Que faire de ces terres polluées ?

Jusqu'à maintenant, on a laissé faire, et laissé faire n'importe quoi. Des agriculteurs ont continué de cultiver, des éleveurs d'élever et vendre des animaux domestiques, des habitations nouvelles ont été construites, des écoles se sont développées, les gens ont continué d'aller et venir, les enfants ont continué de jouer, etc... etc...

Mais que faire ?

Certains disent "Il n'est pas

possible de déplacer les populations, il faut aider les habitants et les agriculteurs, il faut continuer d'utiliser les terres et développer les activités sans risques..."

Démagogie ou ignorance ?

Les sols sont contaminés dans des proportions élevées et ce sont les couches superficielles qui sont les plus atteintes... sur environ 45 kM2.

Pour décontaminer il faudrait décaper ces 45 k M2 sur 40/50 cm de profondeur : on aurait quelque

20 km3 de terres à mettre ailleurs (avec la pollution contenue bien sûr).

Certains disent, s'appuyant sur des observations scientifiques "Il existe des plantes accumulatrices qui vont fixer les substances polluantes... les biotechnologies vont alors permettre la décontamination"...

C'est oublier que les plantes meurent et remettent alors les polluants absorbés dans le soi où elles les ont pris. Il faudrait donc pour éviter cela, faucher les plantes et les exporter ailleurs avec les métaux lourds contenus. Ce serait un simple déplacement de pollution.

En y regardant de plus près... ce n'est pas si simple. L'une de ces plantes bioindicatrices et accumulatrices est l'Arméria qui forme d'ailleurs de magnifiques pelouses sur certains de ces terrains pollués. Mais l'Arméria pousse avec lenteur, beaucoup de lenteur : il faut plusieurs années pour avoir une touffe de 30 cm de hauteur.

Alors il faut bien l'admettre ces plantes miracles de la dépollution ne sont pas une voie réaliste.

Alors que faire ?

Au risque de déplaire et d'être impopulaire, il faut bien dire que la première des mesures à prendre est d'interdire l'habitat humain sur de telles zones polluées... et sans doute, en plus, de conseiller le déplacement des populations.

En même temps, il faut interdire l'exploitation des sols à des fins nutritives pour l'homme et les animaux domestiques. On ne peut pas permettre la consommation d'éléments au plomb ou au cadmium.

Il ne reste alors que trois solutions :

* L'utilisation des sols à des fins de production florale car les hommes ne consomment pas les fleurs qu'ils s mettent dans des vases.

* L'utilisation des sols pour planter des forêts (où la récolte de champignons comestibles sera interdite). Dans quelque 100 ou 150 ans, quand les arbres seront coupés, la dispersion du bois exploité dispersera en même temps la pollution absorbée à des doses inoffensives. Peut-être faudra-t-il plusieurs cycles végétaux, donc plusieurs siècles, pour éliminer la pollution toxique des sois contaminés. Mais qu'importe : "la sécurité de l'homme sera assurée".

* La recolonisation des sols par la végétation naturelle spontanée avec plantes herbacées, arbustes, arbres divers, On aura alors création d'une nouvelle zone de nature qui pourra étre utilisée à des fins pédologiques (à l'image des terrains Chico Mendes).

Ces trois dernières solutions sont possibles, mais seulement celles-là, la terre sans plomb, ce sera pour... dans quelques siècles.

A moins que l'homme ne tienne vraiment à se suicider avant.

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